La massothérapie pour diminuer les courbatures : les évidences scientifiques

Que ce soit parce qu’on vient soudainement d’augmenter son volume d’exercice ou bien parce qu’on est un athlète expérimentant un nouveau programme d’entrainement… Ressentir des courbatures qui s’étendent sur un gradient allant de « désagrément léger » à… « difficulté à fonctionner » est fréquent. Ces douleurs apparaissent typiquement 48h suite à l’effort et peuvent perdurer jusqu’à 10 jours suivant ce dernier ! Nulle surprise de constater qu’elles reflètent donc une raison récurrente pour laquelle les sportifs consultent en massothérapie... Ceci dit, le massage aide-t-il réellement à diminuer le dommage musculaire et les courbatures ? Eh bien, plusieurs études scientifiques ont tenté de répondre à cette question pour vous ! Dans ce blogue, on vous résume donc la science des dernières années à ce sujet, et ce, autant au niveau d’études plutôt simples… que d’autres beaucoup plus complexes et poussées…

Dommages musculaires et courbatures

En science, lorsque l’on désire mesurer l’intensité des courbatures, on peut procéder de plusieurs façons… La plus simple étant d’engendrer du dommage musculaire grâce à l’exercice intense, puis de demander au participant à l’aide d’une échelle validée à cet effet à quel point il se sent courbaturé.  Les premières études visant à mesurer l’impact du massage sportif sur les courbatures suite à l’effort ont donc procédé de la sorte, et voici leurs résultats :

  • Dans une étude conduite auprès de 22 femmes athlètes chez qui des exercices de quadriceps ont été induits, il a été démontré que le massage était efficace à diminuer la sensation de douleur. En effet, les chercheurs ont divisé les participants en deux groupes : groupe traitement (massage incluant pétrissage, rouleau de massage, vibrations et effleurages) et groupe contrôle (aucun massage) et ont démontré que le groupe traitement présentaient moins de sensation perçue de courbature et présentait des performances à un test de saut supérieures en comparaison au groupe contrôle [1].
  •  Une autre étude conduite chez  des hommes et des femmes effectuant un exercice de biceps et recevant par la suite un massage sur un seul bras (un bras recevant le traitement de massothérapie suite à l’effort, l’autre ne recevant rien) a démontré que la massage diminue la sensation de courbature, et ce, grâce à l’augmentation de la créatine kinase (enzyme exprimée entre autres dans fibres des tissus musculaires, et active lors de la lésion des tissus) [2]. Ces résultats suggèrent que le massage accélère la régénération du muscle.
  • Afin de démontrer qu’il s’agit bel et bien de la manipulation qui apporte des effets positifs au niveau des courbatures et non le simple fait de porter attention à la blessure, une étude a quant à elle induite des courbatures à l’aide d’exercices soutenus au niveau des jambes chez 18 sujets, et a par la suite divisé les participants en deux groupes : massage sportif vs. « faux massage » consistant à simplement étendre de l’huile sur le muscle affecté. Leurs résultats démontrent que seul le groupe ayant reçu un massage sportif a vu une diminution significatif de la douleur perçue 48h suite à la réception du traitement [3].

Ces études démontrent donc que la massothérapie diminue les courbatures et la douleur perçue tout en augmentant la performance sportive. Plusieurs autres études ont d’ailleurs témoigné de l’efficacité du massage dans la diminution de la sensation de courbatures, alors que d’autres ont marqué une absence de résultats. Ceci dit, celles-ci varient grandement dans la méthodologie employée et on ne s’entend toujours pas sur la durée que le massage doit avoir ainsi que sur la technique précise à employer. La science s’entend cependant pour dire qu’afin d’aider dans l’accélération du rétablissement suite à des courbatures musculaires, il est préférable de consulter un professionnel qui a l’habitude de traiter des blessures sportives [4].

Données cellulaires à l’appui

La massothérapie sportive est couramment utilisée afin de diminuer la douleur et de favoriser le rétablissement suite à une blessure inflammatoire. Nous savons que les athlètes rapportent fréquemment que le massage les aide à diminuer la sensation de douleur. Ceci dit, jusqu’à tout récemment, aucune étude ne faisait état de données objectives et quantitatives quant à l’impact du massage sur la réponse inflammatoire musculaire. Ce type d’étude est très important car, bien que la rapport subjectif soit primordial (on tient à savoir si notre client se sent réellement mieux !), il est essentiel de quantifier l’effet du traitement de façon objective afin de connaître les bienfaits (ou au contraire… l’absence d’effet !) d’une technique employée. Ceci permet par la suite d’ajuster le traitement que l’on emploie ou de tout simplement le remplacer par une manipulation qui résulte quant à elle de données probantes. Une étude récente a donc évalué objectivement l’impact du massage sur la récupération musculaire à l’aide de la technique la plus valide : la biopsie cellulaire. Voici les conclusions que l’équipe de recherche a tirées et publiées dans le prestigieux journal Science [5]:

Cette étude visait à évaluer si la massothérapie venait modifier le processus de régénération cellulaire au niveau du muscle ayant subi une blessure suite à l’induction de courbatures. Onze sujets mâles ont donc subi un dommage musculaire à l’aide d’un exercice intense aux jambes et ont par la suite reçu un massage sportif sur une seule jambe (afin de comparer les processus cellulaires des deux membres). Les chercheurs ont effectué plusieurs biopsies cellulaires à différents moments de l’expérimentation : après l’entrainement, immédiatement  après avoir reçu un massage de 10 minutes, puis suivant une période de récupération de 2h30). Cette procédure visait à mesurer les processus cellulaires provoqués par le massage sportif. Leurs résultats ont démontré plusieurs évènements cellulaires témoignant d’un processus anti-inflammatoires et promouvant la biogénèse mitochondriale. Pour les scientifiques (ou les curieux !) parmi vous, voici ce que les chercheurs ont noté au niveau de l’impact du massage sur la communication cellulaire. En somme, le massage :

  • active les signaux de méchanotransduction FAK (focal adhesion kinase). Il s’agit du processus cellulaire par lequel les cellules traduisent un message mécanique  – ici, le massage –  par un message chimique). Ce que ce résultat nous indique,  c’est donc que le massage a bel et bien un impact au niveau de la communication cellulaire… !
  • active la kinase ½ (ERK½). Il s’agit de kinases protéines jouant un rôle dans la division, la croissance et la prolifération cellulaires. Ce résultat nous indique donc que la massothérapie aide à la régénération du muscle suite à un effort soutenu.
  • active la biogénèse mitochondriale (PGC-1α), indiquant une augmentation de l’activité du métabolisme et (indirectement) du processus anti-inflammatoire musculaire.
  • atténue la production de cytokines inflammatoires (TNF-α et IL- 6). Ce résultat est notable, puisque ces cytokines sont connus comme empêchant la réparation des tissus et comme supprimant la myosine (protéine jouant un rôle dans la contraction musculaire). De plus, l’injection de ces cytokines a été démontrée comme activant les nocicepteurs (récepteurs sensoriels signalant la douleur), expliquant partiellement la raison pour laquelle les courbatures augmentent la douleur. Leur diminution s’avère donc bénéfique afin de diminuer la douleur !

Que doit-on en retenir ?

Ainsi, les résultats de l’ensemble de ces études (autant celles se fondant sur le niveau de douleur auto-rapportée que celle visant à l’évaluation cellulaire) fournissent des données probantes quant à l’impact de la massothérapie sur la diminution des douleurs et de la courbature suite à l’effort. En somme, elles tendent à confirmer que le massage s’avère être une technique efficace afin de diminuer les courbatures, et ce, via des modifications cellulaires accélérant la réparation des tissus, en diminuant l’inflammation ainsi que la l’activation de récepteurs sensoriels signalant la douleur. Vous êtes courbaturés et désirez maintenir vos performances sportives en accélérant le rétablissement ? La massothérapie y est une solution idéale !

 

Références

1. Mancinelli, C. A., Davis, D. S., Aboulhosn, L., Brady, M., Eisenhofer, J., & Foutty, S. (2006). The effects of massage on delayed onset muscle soreness and physical performance in female collegiate athletes. Physical therapy in sport7(1), 5-13.

2. Zainuddin, Z., Newton, M., Sacco, P., & Nosaka, K. (2005). Effects of massage on delayed-onset muscle soreness, swelling, and recovery of muscle function. Journal of athletic training40(3), 174.

3. Hilbert, J. E., Sforzo, G. A., & Swensen, T. (2003). The effects of massage on delayed onset muscle soreness. British Journal of Sports Medicine37(1), 72-75.

4. Nelson, N. (2013). Delayed onset muscle soreness: is massage effective?. Journal of bodywork and movement therapies17(4), 475-482.

5. Crane, J. D., Ogborn, D. I., Cupido, C., Melov, S., Hubbard, A., Bourgeois, J. M., & Tarnopolsky, M. A. (2012). Massage therapy attenuates inflammatory signaling after exercise-induced muscle damage. Science translational medicine4(119), 119ra13-119ra13.

Catherine Raymond

Bachelière en psychologie et doctorante en neuroscience, je rêve depuis que je suis toute petite d’en apprendre d’avantage sur cet organe intrigant qu’est le cerveau ! Aujourd’hui, chargée de cours à l’Université de Montréal et éditrice en chef d’un magazine visant à la vulgarisation du savoir scientifique dans le domaine du stress, je suis passionnée de la science dans le domaine de la santé. 

Mon objectif chez Optima : vous rendre le savoir scientifique accessible et compréhensible ! Vous avez des idées de chroniques ou vous aimeriez en savoir d’avantage sur un sujet ? Écrivez-moi au justin@optimamtl.com.