L’exercice, ça coupe l’appétit…!

Faire de l’exercice physique, ça engendre une dépense énergétique importante ! Ça… la science n’en doute point, et vous vous en rendez bien compte à la suite de vos séances d’entrainement ! La croyance populaire veut donc que nous ayons tendance à consommer plus de calories suite à un effort physique important, et ce, puisque notre corps désire augmenter ses réserves d’énergie. Mais est-ce bien le cas ? Une étude récente sème le doute…

La question de recherche principale de cet article publié dans Sport, Exercise and Health sciences était de comprendre la réponse physiologique à une perte d’énergie aigue engendrée par un exercice intense ou bien par un jeûne (deux conditions qui engendrent une diminution importante de l’énergie) et de comparer cette réponse à une condition contrôle. En second lieu, les chercheurs se demandaient si cette réponse physiologique était similaire chez les hommes et chez les femmes.

L’appétit du sportif mesuré en laboratoire

Afin de répondre à ces questions de recherche, deux études ont été menées.

 Dans l’étude 1, douze femmes ont été recrutées et ont complété trois séances (une séance par semaine durant trois semaines) alors qu’un buffet illimité leur était fourni pour une durée de 30 minutes. Les séances étaient séparées comme suit :

 

  1. Lors de la première séance, aucune restriction calorique (aucun jeûne) et aucun exercice physique n’a été imposé… Mais les participantes ont tout de même eu un buffet illimité (condition contrôle).

  2. Lors de la seconde séance (une semaine après la première), un déficit énergétique a été induit par un jeûne de 10h, puis le buffet illimité a été servi (condition jeûne).

  3. Lors de la troisième séance (deux semaines après la première), un déficit énergétique a été induit  via un exercice physique intense (une course de 90 minutes à 70% de la consommation maximale d’oxygène, soit le VO2max, puis le buffet illimité a été servi (condition exercice physique) 

Lors de chacune de ces séances, les chercheurs ont mesuré le nombre de calories perdus, le taux de ghréline (hormone de la faim), de peptide YY3-36 (hormone supprimant la sensation de faim), ainsi que la sensation d’appétit (c’est-à-dire à quel point la participante rapporte ressentir la faim).

Les résultats de l’étude 1 ont démontré que les deux conditions « déficits énergétiques » ont engendré une diminution calorique identique (soit d’environ 900 calories). De plus, les chercheurs ont démontré qu’avec le déficit énergétique engendré par le jeûne, le taux de ghréline était plus élevé, tandis que celui du peptide YY3-36 était moins élevé… Expliquant la raison pour laquelle le jeûne augmente physiologiquement l’appétit. Au contraire, après la période d’exercice physique, le taux de ghréline était moins élevé, et celui du peptide YY3-36 était plus élevé. Ainsi, physiologiquement parlant, effectuer un exercice physique intense n’augmente pas le besoin physiologique de consommer de la nourriture.

Alors, la question qui tue… Dans quelle condition les participantes ont le plus mangé ? Suivant un jeûne, les participantes ont consommé beaucoup plus de nourritures au buffet illimité lors de la condition d’exercice physique intense. Cette différence est d’ailleurs majeure : 33% de plus, soit 940 calories consommés en moyenne suivant le jeûne, versus 660 calories suivant la séance d’activité physique.

Ainsi, les résultats de cette étude confirment que contrairement au jeûne forcé, l’exercice physique vient diminuer l’appétit par le biais de modifications hormonales.

Dans l’étude 2, dix hommes et femmes athlètes ont participé à un protocole de recherche encore une fois divisé en deux séances : une condition d’exercice et une condition contrôle. Durant la condition d’exercice, les participants devaient performer une course de 60 minutes à 70% de leur VO2max, puis devaient se reposer. Dans la condition contrôle, les participants devaient tout simplement se reposer. Suite à ces séances, les participants avaient accès à un buffet illimité. Les chercheurs ont par la suite mesuré le niveau d’appétit, les taux de l’hormone ghréline, ainsi que la quantité de calories consommée.

 Les résultats de l’étude 2 ont démontré que le niveau d’appétit ainsi que le taux de ghréline étaient plus bas dans la condition « exercice physique » en comparaison à la condition contrôle. Ainsi, contrairement à la croyance populaire, faire de l’exercice physique diminue à la fois l’hormone augmentant l’appétit ainsi que le sentiment d’avoir faim. De plus, aucune différence n’a été notée en ce qui a trait à la quantité de calories consommée entre les deux conditions. Donc… l’exercice physique n’engendre pas une augmentation de la consommation calorique ! Finalement, aucune différence entre les hommes et les femmes n’a été notée.

La boite à outils

Alors, comment appliquer les résultats de cette étude à notre quotidien ? Voici ce que nous devons en retenir :

L’exercice physique diminue la sécrétion de l’hormone qui engendre la faim et augmente l’hormone qui contrôle le sentiment de satiété… alors que le jeûne fait tout le contraire ! Ainsi, s’abstenir de manger sur de longue période de temps afin de perdre du poids ne fait qu’activer le désir physiologique de manger. Il semblerait donc qu’il soit plus bénéfique d’effectuer de l’activité physique plutôt qu’un jeûne afin de contrôler l’appétit. Vous essayez de perdre du poids ? Enfilez vos espadrilles plutôt que de vous abstenir de manger sur de longues périodes de temps !

 

Référence : Alajmi, N., Deighton, K., King, J. A., Reischak-Oliveira, A., Wasse, L. K., Jones, J., ... & Stensel, D. J. (2016). Appetite and energy intake responses to acute energy deficits in females versus males.

Catherine Raymond

Bachelière en psychologie et doctorante en neuroscience, je rêve depuis que je suis toute petite d’en apprendre d’avantage sur cet organe intrigant qu’est le cerveau ! Aujourd’hui, chargée de cours à l’Université de Montréal et éditrice en chef d’un magazine visant à la vulgarisation du savoir scientifique dans le domaine du stress, je suis passionnée de la science dans le domaine de la santé. 

Mon objectif chez Optima : vous rendre le savoir scientifique accessible et compréhensible ! Vous avez des idées de chroniques ou vous aimeriez en savoir d’avantage sur un sujet ? Écrivez-moi au justin@optimamtl.com.